Banquier ou "bankster" ?

4 mars 2013

«Nous bénéficions effectivement du ralentissement de l’économie.» En vantant les bénéfices de sa banque devant un parterre d’investisseurs, 21,3 milliards d’euros en 2012, Jamie Dimon, le patron de JP Morgan, n’a sans doute pas mesuré la portée de ses déclarations.

La crise, en Europe comme aux Etats-Unis, emporte les populations. Sur elles pèsent l’explosion du chômage, la baisse de la croissance, et, pire, le transfert de la dette des banques vers les Etats. Quant aux banques, à l’instar de JP Morgan, la vie est belle, elles prospèrent grâce à la crise dont elles sont elles-mêmes à l’origine.

bankster

La banque de Jamie Dimon a même presque doublé son bilan. Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, elle a profité à plein du système de financement des banques organisé conjointement par l’Etat fédéral et la Banque centrale américaine. Cette stratégie de gonflement n’est pourtant pas propre à JP. En France aussi, c’est cette voix qu’a choisi la BNP-Paribas, en absorbant la banque Fortis. Déjà considéré comme too big to fail, « trop gros pour faillir », et donc devant profiter des aides de l’Etat, le bilan de notre banque pèse désormais une fois le PIB français. Plus qu’avant la crise… Car, aussi étonnant que cela puisse être, le principe du « too big to fail » imposant aux Etats de se porter au secours du système financier à conduit les banques à… grossir.

Avec la crise, les banques déjà en surpoids sont devenues obèses

On a compris que sous peine de déflagration de l’économie, les contribuables via les Etats ont été obligés de venir en aide aux banques… Problème, cette assurance s’est faite sans contrepartie : pas de prime à payer. Cette dérogation au principe fondateur de la finance se traduit par une aubaine pour les banques. Sans ce transfert du risque vers les Etats, les investisseurs percevraient les banques comme plus fragiles et les soumettraient donc à une prime de risque.

Selon les calculs de deux chercheurs, Kenichi Ueda du Fonds Monétaire International et Beatrice Weder di Mauro, de l’Université de Mayence, pour chaque dollar emprunté, les banques américaines devraient payer un surcroît de 0,8 %. Résultat, en assumant ce risque « systémique », sans le refacturer, l’Etat fédéral fait un cadeau de 83 milliards de dollars aux banques, selon l’étude précitée.

Pour JP Morgan, cette police mangerait la totalité de son bénéfice annuel. Idem en France, selon, les calculs de la New Economics Foundation. La prime « due » et non versée représentait en moyenne sur les dernières années, les ¾ des bénéfices de BNP-Paribas ou leur totalité chez Société Générale….
Mais, peut-être, les banques payent-elles cette assurance via leurs impôts ordinaires ? La réponse est non, comme l’ont montré les deux universitaires Gunther Capelle-Blancard et Jézabel Couppey-Soubeyran, dans un rapport publié en annexe d’une publication du Conseil des prélèvements obligatoires. Entre 2002 et 2009, ensemble, ces établissements avaient un taux implicite d’imposition de 8 %, soit 4,5 fois moins que ce que paye la PME du coin, et presque 5 fois moins que ce qu’elles payaient sur la période 1988-1994.

Comme un léger problème, puisqu’aux Etats-Unis, comme en Europe, 100 % des bénéfices des banques ne seraient rien d’autre qu’un gigantesque cadeau des contribuables…

[1] Cf Emmanuel Levy, Marianne, 28.02.2013

http://www.marianne.net/L-aveu-d-un-Bankster_a226950.html

About these ads
  1. leo
    9 mars 2013 à 22 h 50 min | #1

    Je dirais même plus :

Les commentaires sont fermés.
%d bloggers like this: